Marché de l’art – Trente ans! «Le Salon du Dessin» se tient à Paris | Bilan

2022-05-21 19:17:16 By : Mr. Kevin Qian

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La petite foire n’avait pas eu lieu en 2020. Version intime en 2021. Cette fois, tout est bien reparti pour une manifestation d’importance mondiale.

Coucou, le revoilà! Comme bien d’autres à la voilure autrement plus importante, le Salon du Dessin vient de connaître deux années agitées. En 2020 il n’a pas ouvert à quelques jours près. Son inauguration aurait peu ou prou correspondu à l’annonce du premier confinement. Pas de Salon donc, même en été! L’édition 2021 s’est vue repoussée de mars à la fin juin. Jolie mouture, mais avec des exposants restant avant tout français. L’absence des gros clients internationaux et des musées américains avait alors refroidi les vendeurs. Ils attendent ces derniers comme le petit Jésus les Rois mages. Les clients nationaux passent pour frileux. Et les institutions de l’Hexagone se rapprocheraient davantage d’Harpagon que de Mécène… Via les dations et les préemptions, elles accaparent effectivement davantage qu’elles achètent.

En 2022, tout va bien, ou presque. Le Salon n’a bien sûr pas pu se dérouler en pleine mascarade à la fin mars, mais il s’est rapidement vu déplacé en mai. Sans restrictions sanitaires. La chose signifiait que les 39 marchands sélectionnés pour s’installer dans l’ex-Bourse avaient deux mois de plus pour partir à la course aux trésors. Tous n’y sont pas parvenus. Nathalie Motte a préféré exposer chez elle, puisque le Salon jouit d’une périphérie n’ayant rien d’une banlieue. Il y a ainsi dix galeries à voir autour de Drouot, dont celle de l’habitué du Salon Matthieu Néouze. Et par tradition comme par choix, la maison Ratton-Ladrière comme Nicolas Schwed font bande à part dans la capitale. Mais personne ne manquerait le cocktail que ce dernier donne «at home», rue Saint-Honoré à l’étage. C’est l’une des étapes obligatoires de la Semaine du dessin, comme le pince-fesses du Louvre auquel je n’étais cette fois pas convié. Serait-ce le début de la disgrâce?

Mardi 17 mai au Palais Brongniart (ou l’ancienne Bourse, si vous préférez), il y avait donc la foule des invités, les premiers arrivant sur le coup des 15 heures. On se serait cru dans une étuve à partir de 17 heures. La température l’emportait dès lors sur la chaleur de l’accueil. Mais il faut après tout cela pour de vraies retrouvailles. On signalait dans l’assistance quelques conservateurs d’institutions états-uniennes, qui se reconnaissent vite à leur costumes-cravate stricts d’assureurs haut de gamme ou de croque-morts toutes catégories. Il y avait aussi ceux, plus décontractés, des musées de la capitale ou de province. L’occasion parfois pour ces derniers de se présenter, comme jadis les jeunes filles de bonne famille faisant leur entrée dans le monde. J’ai ainsi vu les gens de Montpellier, Bayonne (qui reste toujours fermé), Chantilly ou Orléans. Mais pour cette dernière ville, Olivia Voisin joue depuis longtemps déjà les vedettes. Une acheteuse boulimique…

En face d’eux, les marchands déroulaient un métaphorique tapis rouge. Ils sont donc 39, le lieu ne pouvant accueillir davantage d’exposants. La place apparaît déjà exploitée au maximum. Il faut naturellement se voir admis ici, seuls les fondateurs (qui se font par la force des choses, additionnée à celle de l’âge, toujours plus rares) ayant droit à un stand. Créée en 1991, la manifestation s’est rapidement tournée non seulement vers le monde anglo-saxon, mais l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne. La Suisse n’a pas été oubliée, la Genevoise Marie-Laure Rondeau revenant en 2022 comme les Neuchâtelois Ditesheim & Maffei. Le Zurichois Arturo Cullar a cependant disparu. Retraite. L’heureux homme s’est tourné vers la musique symphonique, qu’il compose. Sur les cinq «nouveaux» de cette édition, il y a ainsi trois Italiens. Romano de Florence, qui propose un beau stand classique. Laocoon & Apolloni, tournés vers le XXe siècle transalpin comme le prouve un immense carton d’Achille Funi pour une «Crucifixion». Et Frascione, également de Florence, chez qui le pénis ailé d’un élève de Raphaël s’est rapidement envolé…

Tous les participants paient le même prix de location. Environ 30 000 euros. Certains emplacements semblant plus favorables que d’autres, les participants tirent le leur au sort. La chose empêche par ailleurs la routine, comme dans les supermarchés qui déplacent souvent leurs rayons afin de dérouter leur clientèle. Les marchands n’ayant aucune place fixe, le public doit tout voir pour savoir. Il y a également de la sorte une meilleure intégration des modernes, voire des contemporains dans l’ancien qui demeura longtemps le fonds de commerce du Salon. Selon Louis de Bayser, son jeune président, les XXe et XXIe siècles occupent aujourd’hui près de la moitié de la surface, alors qu’il existe au Carreau du Temple «Drawing Now» dont je vous parlerai demain. Il s’agit bien sûr d’un moderne sans extrémisme ni aspérités. Mais je peux déjà vous dire que «Drawing Now» s’est bien embourgeoisé depuis ses débuts il y a quinze ans, quand il squattait des endroits improbables.

Tandis que les visiteurs (et bien sûr aussi les visiteuses) piétinaient, se saluaient et s’embrassaient au besoin, il fallait mardi jouer des coudes afin de voir le contenu des stands. Là, tout le monde semblait d’accord. Il s’agit d’une excellente cuvée. Il y a comme de bien entendu une poignée de dessins vedettes, même s’il ne s’agit pas de Michel-Ange (1). Ils se voient proposés à des tarifs dus à ce statut. Mais il faut dire que le Luca Signorelli accroché au milieu d’une cimaise de Jean-Luc Baroni-Emmanuel Marty de Cambiaire est à faire tomber les chaussettes et qu’il peut se voir rattaché à un tableau connu. Alors 1,1 million d’euros, quand c’est c’est le prix d’une crotte d’Andy Warhol, pourquoi pas? Idem pour le Benedetto Castiglione baroque à l’huile sur papier chez Stephen Ongpin ou le portrait de Gunilla Lauren et son fils Erik de Carl Larsson de Benjamin Peronnet Fine Art. Quand on aime, on ne compte pas.

Mais le Salon, ce ne sont pas que des feuilles tenant du trophée de chasse. Il y a aussi le reste, dont le niveau dépasse en général celui des multiples ventes aux enchères (il y en avait trois simultanément le vendredi 20 mai à 14 heures!), proposées à Drouot et ailleurs. Cette année, j’ai ainsi noté beaucoup de néoclassiques italiens, ces gens dessinant en général mieux qu’ils ne peignaient. Des Degas à la pelle. Des Greuze en veux-tu en voilà. Des Adolf von Menzel au kilo. Beaucoup d’exemples du symboliste Alberto Martini (qu’il ne faut pas confondre avec son contemporain, le sculpteur Arturo Martini!). Plus bien sûr des noms répétitifs se résumant souvent à des signatures. Hélène Bailly, qui est par ailleurs une femme charmante, aligne ainsi sur un mur, dans de lourds cadres dorés, une aquarelle d’Alexander Calder et deux de Bernard Buffet. L’ensemble n’aurait pas déparé le yacht de nouveaux riches des années 1960 à 1980…

Le Salon ne demeure pas qu’un lieu commercial. Il propose chaque fois une exposition dédiée à un musée de région. Il s’agit cette année de celui du Grand Siècle, en création à Saint-Cloud. Figurent aux parois une cinquantaine de dessins (sur quelque 3500!) offerts par Pierre Rosenberg, longtemps directeur du Louvre. Un siècle ici extrêmement long, dans la mesure où il dure ici jusqu’en 1940. Le donateur, qui se trouvait encore à l’hôpital quelques jours auparavant, pouvait juger l’effet produit par cette somptueuse mise en bouche. Il y a aussi quelque part des projets des paysagistes Duchêne, montrés par le MAD ou ex-Musée des arts décoratifs. Le colloque de l’année tourne en effet autour des jardins. Non loin de là se tient le Prix Guerlain de dessin contemporain, qui n’a jamais rejoint «Drawing Now». Je devrais encore citer, presque cachée, la librairie. Est verni là en toute discrétion le dernier double tome reconstituant «La Collection Mariette», le prince des collectionneurs parisiens du XVIIIe siècle. Les Nordiques. Un pavé faisant son poids de science et de papier. Ainsi se termine une aventure scientifique commencée avant l’an 2000.

Voilà. J’aurais aussi dû parler du stand italien ancien (XVIIIe-XVIIIe) muséal d’Antoine Tarantino. Des galeries espagnoles montrant des artistes que l’on voit nulle part ailleurs. Du symbolisme selon la Lancz Gallery de Bruxelles. De l’arrivée de Louis & Saks, deux jeunes femmes portées sur les modernes japonais. Et de celle d’Ambroise Duchemin. Un «fils de». On a tous connu son père Hubert Duchemin qui, si ma mémoire est bonne, jamais participé au Salon (2). Il faut dire que la foire prend du carat, comme on dit chez les bijoutiers. Elle a maintenant trente ans. L’âge où l’on cesse d’être un bébé indéfiniment prolongé. A 30 ans, on est «encore jeune», avec déjà le poids du mot «encore»… A 40, on devient «toujours jeune»… Enfin, on verra bien en 2032!

(1) Mon article sur la vente du Michel-Ange par Christie’s paraît à part. (2) Je précise qu’Hubert Duchemin n’a rien d’un vieillard chenu!

Salon du dessin, ex-Bourse, 16, place de la Bourse, Paris, jusqu’au lundi 23 mai. Ouvert le samedi et le dimanche de 11h à 20h, le lundi de 12h à 19h. Site www.salondudessin.com

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

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